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L'Humanité - 17 Février 2006
Entretien . À la veille de son concert-performance au Châtelet (Paris), Yoko Ono répond à nos questions.
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John et Yoko.
Yoko Ono fêtera, demain 18 février, ses soixante-treize ans. Mais c’est elle qui, avec la collaboration du Théâtre du Châtelet, nous fait un cadeau. Pour la modique somme de 5 euros (il vaut mieux réserver sa place !), elle nous offrira une performance inédite, dont elle garde le secret pour mieux nous surprendre. On sait seulement que, dans le cadre des Pleins Jours du Châtelet, Sean Lennon, le fils qu’elle a eu avec John Lennon, jouera de la basse et des claviers, avec la complicité de l’inclassable Vincent Gallo, acteur, réalisateur et flibustier de la note bleue. En avant-première, l’icône de la paix nous a accordé une rare interview.
Comment vous est venue l’envie de vous produire dans un lieu, de fait classique, comme le Théâtre du Châtelet ?Yoko Ono. C’est l’équipe du Châtelet qui m’a contactée pour me proposer deux dates, le 18 février et le 21 avril. Or le 18 février, c’est mon anniversaire. J’ai pensé que cela ferait de belles retrouvailles avec la France, que j’aime particulièrement. Lorsque, sur Internet, j’ai vu les photos du Châtelet, j’ai été émerveillée. Cela m’a d’autant plus enthousiasmée que je puise volontiers une part de mon inspiration dans les lieux qui m’accueillent. J’ai appris que ce théâtre, autrefois, avait servi de prison. Or, il se trouve que j’avais élaboré une sculpture de glace, Penal Colony, exposée actuellement à Turin. L’idée maîtresse est la suivante : symboliser, tandis que la glace fondra avec la venue du printemps, un processus de libération. J’ai imaginé un lien entre Penal Colony et ma prochaine création au Châtelet, ancienne geôle devenue un temple de l’art, donc de la liberté.
Comment les troubles qui secouent notre planète vous touchent-ils ?
Yoko Ono. « Il y a tant de souffrance, d’injustice, que l’on pourrait sombrer dans le pessimisme. Ce que je refuse. Je suis convaincue que cultiver l’optimisme est le seul moyen de survivre et de conserver les ressources nécessaires pour se battre, pour mettre en pratique nos aspirations. Il est plus que jamais temps d’agir. Je considère que la paix doit rester la première motivation de nos actions. Je suis optimiste par pragmatisme.
Que ressentez-vous, soixante ans après le bombardement d’Hiroshima ?
Yoko Ono. Cette tragédie fait partie de ma vie. J’ai grandi à la campagne, au Japon. Un jour, des paysans sont venus à la maison : « Avez-vous vu les drôles de bombes qui ont été larguées sur Hiroshima ? », nous ont-ils demandé. C’était terrible. Au fil des années, on a observé de graves répercussions sur la nature et sur la santé des habitants. Comme tous les autres grands drames de l’humanité, il est important de ne pas oublier Hiroshima.
Qu’avez-vous pensé, quand vous avez appris les récentes émeutes qui ont éclaté ici, dans les quartiers défavorisés ?
Yoko Ono. J’ai été surprise que cela arrive en France. Il faut quand même redire que la France, malgré ses fragilités et ses secousses, demeure un pays où les militants pour la paix et pour plus de justice continuent d’avoir un poids décisif. Comme en de nombreuses contrées, il y a, en France, des personnes que l’histoire a humiliées durant des années, voire des siècles. Il est capital de les entendre. Écouter leur souffrance, leur cri.
La guerre en Irak ne vous met-elle pas en colère ?
Yoko Ono. Oui, je suis choquée, à l’instar de nombre d’Américains, qui étaient fiers de la Constitution américaine, et qui pensaient que les États-Unis sont un pays « avancé », démocratique. Cela nous rappelle que nous devons poursuivre, sans découragement, nos actions pour soigner le monde.
Vous avez apporté une aide précieuse à la mise sur pied de l’exposition « John Lennon-Unfinished Music », à la Cité de la musique...
Yoko Ono. Je voudrais surtout remercier l’équipe de la Cité de la musique pour son travail remarquable, d’une grande sensibilité. Beaucoup de fans de John m’ont écrit pour me dire leur joie d’avoir visité cette exposition.
Que ressentez-vous, vingt-six ans après la disparition de John ?
Yoko Ono. Évidemment, j’ai traversé des périodes très douloureuses. Puis, un jour, j’ai réalisé, au plus profond de moi, que John est toujours vivant, à travers ses oeuvres, dont je suis entourée. Sans oublier la force irremplaçable qu’il m’a donnée, à travers notre enfant, Sean. Je ne pensais pas que Sean deviendrait musicien. Avec John, nous nous étions mis d’accord pour ne pas lui parler de nos activités artistiques, afin de le préserver des pressions. À quatre ou cinq ans, il a demandé à John : « Daddy, c’est vrai que tu étais un des Beatles ? » John lui a répondu : « Oui, j’étais un des Beatles, et maintenant je suis ton papa. » J’aurais préféré que Sean fasse un métier moins stressant, mais il adore la musique. Il a baigné dedans. À l’âge d’à peine deux ans, il était en studio avec nous, quand nous enregistrions l’album Double Fantasy. Sans nous prévenir, la musique l’avait peut-être déjà choisi...
Entretien réalisé par Fara C.

Joyeux Anniversaire Yoko !