
Le musicien américain Sean Lennon lors d'une émission à New York, le 20 octobre 2006.
Troublant de voir à quel point Sean Lennon, gentleman new-yorkais de 31 ans, ressemble à la fusion parfaite de ses parents, John Lennon et Yoko Ono. Qu'il s'exprime en anglais ou dans un excellent français appris lors de ses années de pension en Suisse, on retrouve aussi dans sa voix un léger nasillement familier aux fans des Beatles.
Musicien, comme son demi-frère Julian, Sean avait connu une réussite mitigée à la sortie de son premier album, Into the Sun, paru en 1998. Très supérieur, son deuxième opus, Friendly Fire, joue avec un élégant classicisme d'une mélancolie qui rappellera autant certaines oeuvres paternelles que les chansons brise-coeur du dépressif new-yorkais Elliott Smith.
Vous publiez votre deuxième album huit ans après avoir sorti le premier. Quelle part tient la musique dans votre vie ?
Je n'ai pas cessé d'enregistrer. Si je ne publie pas de disque, c'est surtout que je déteste le travail de promotion. Mais j'ai écrit et produit avec d'autres comme les Strokes, Vincent Gallo, Soulfly, Ryan Adams ou ma maman, qui m'ont beaucoup appris.
Vos nouvelles compositions semblent plus classiques ?
Into the Sun était assez expérimental, Friendly Fire est plus raffiné et construit. Le rock ne peut plus avoir le même tranchant que dans les années 1960 et 1970. La seule façon d'être pertinent est d'éviter l'ironie postmoderne et de parfaire au maximum la composition, afin que la beauté sonne comme une évidence.
Vous proposez à la fois un CD et un DVD où figure un film illustrant chaque chanson. Quelle partie de ce travail avez-vous préférée ?
La réalisation du film était plus excitante. En studio d'enregistrement, on travaille beaucoup en solitaire. Le tournage était une aventure de groupe. Le but était de montrer qu'avec le budget d'un clip on pouvait faire quelque chose de plus original. Tout l'argent a été investi dans la technique, le décor et les costumes. Comme j'ai beaucoup de copains (dont Asia Argento) dans le milieu du spectacle, je leur ai demandé de me faire une faveur en jouant gratuitement.
La mort violente, les échecs sentimentaux reviennent souvent dans ces chansons. Cette mélancolie est ancrée en vous depuis longtemps ?
On m'a pris mon père quand j'étais très jeune. J'ai toujours compris la dimension tragique de la vie, mais cela m'a fait encore plus apprécier la présence de ma mère, de mon entourage. L'éphémère de l'existence est aussi riche de tristesse que de poésie.
Vos parents étaient à la fois des artistes et des porte-parole. Les enjeux politiques sont-ils importants pour vous aussi ?
J'ai mes convictions, mais je ne les incorpore pas à ma musique. Les chansons politiques de mon père ne sont pas celles que je préfère. C'est aussi une question d'époque. Un titre comme Give Peace a Chance avait un impact. Ce serait plus difficile si quelqu'un l'écrivait aujourd'hui.
Vous êtes à la fois japonais, anglais et américain. Comment cohabitent ces différentes racines ?
Le Japon m'a beaucoup influencé, entre autres par l'oeuvre de ma mère, qui doit beaucoup à l'Asie. J'ai passé mes années de maternelle à Tokyo, où se sont constitués beaucoup de mes goûts, en particulier pour la cuisine.
Je suis très attaché à la culture de la politesse que les Anglais partagent avec le Japon. Et, bien sûr, la meilleure musique est venue d'Angleterre : les Kinks, les Beatles, les Who, les Stones, Black Sabbath, Led Zeppelin, Pink Floyd... Mais je suis probablement avant tout américain, en termes de comportement, de langage. Malgré les erreurs de l'administration Bush, ce pays possède encore une innocence, une promesse de Nouveau Monde et cette énergie qu'on trouve chez les immigrants.
Avez-vous l'impression qu'une part de votre père continue de vivre dans vos chansons ?
J'ai commencé à jouer du piano parce que je me souvenais de lui en jouant. Cela me rapprochait de lui.
Concert à la Boule noire, 120, bd Rochechouart, Paris-18e. Mo Anvers ou Pigalle. Dans le cadre du Festival des Inrocks. Le 12 novembre à 22 h 30. Tél. : 01-49-25-81-75. Sur Internet : www.lesinrocks.com/inrocks/festival.
Propos recueillis par Stéphane Davet
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